RICHARD PINHAS


Guérilla sonique & éclaterie sauvage

Richard Pinhas est un penseur radical et un "libertaire de 3ème type", un philosophe formé avec Gilles Deleuze et Jean-François Lyotard, un artiste utilisant sa guitare, ses synthés et son ordinateur comme ce qu’ils sont : des machines de guerre. De ses expérimentations avec Schizo, premier disque auto-produit français qui fut "un déclic pour beaucoup de gens, une sorte de passage à l’acte" comme le dit son ami Pascal Comelade, au fondamental Heldon, ses machinations soniques marquent. Elles se poursuivent, comme toujours en marge, avec son dernier album Event & Repetitions. Pour beaucoup, il est aussi celui qui a fait chanter au philosophe Gilles Deleuze Le voyageur, en 1973. Il fera chanter ce même titre à l’écrivain Maurice Dantec 29 ans plus tard au sein du projet Schizotrope, qui, en trois albums - Le plan, Life and death of Marie Zorn et Le pli - atteint une interzone où machine et être se connectent enfin concrètement

 

MP3

Events and Repetitions
EFRIM - 35 Meg
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The ICS - 4 Meg
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P’tite SAB - 18 Meg
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GSYBE(thanks to) - 43 Meg
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RF(for) - 12 Meg
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STUDIO HELDON
Guitars : Guitare ROLAND + microphone GIBSON 1959

Synthesizers : Korg WS - très peu utilisé

Mini-studio : Mac + Protools HD + fx guitar

Soundcard : Protools HD

Guitar Effects : Zoom Box Distortion, VG8 Roland in TC 2290 in Eventide Orville

Effects : Eventide Orville, Arboretum Hyperprism, Eventide DSP 4000, Apogee Track 2, Reaktor

Virtual Instrument + Plug-ins : Reaktor, Virus

Preamps : Summit Audio, Apogee Track 2

Monitoring System  : JBL 4310 studio monitors (1972) + Genelec 1031

Plug-ins : Plug-ins for Pro Tools HD, Waves C4 Compressor, Line 6, GRM Tools, Oxford EQ (on Event & Repetitions)

Audio Editor : J’ai un véritable éditeur au sens classique. Il s’appelle Max Amphoux d’EMMA Editions.

Sinon je préfère de loin le son des vraies machines, analogiques si possible, les plug-ins sont un pis-aller. Leur avantage est de ne pas être encombrants. Au Studio Heldon, j’enregistre les guitares et les synthés, et je prépare les "electronic parts". Pour tout ce qui est voix, batterie, mix complex, je vais au STUDIO RAMSES. PEV. C’est un grand studio avec de vrais ingénieurs du son et ce sont des amis.

Thanks to http://fr.audiofanzine.com@

Concerts :
January 2004 : Perpignan(France), Marseille etc...
March to may 2004 : Chicago+ USA west coast Tour’
Avril 2003, SHANGAI(Chine)
May 2004 : Paris+ french dates+ Victoriaville festival
September 2004 : Montreal(Canada)

Contre toutes attentes Heldon a ressorti un album, Only chaos is real, il y a quelques temps. Quelles en sont les raisons ?
C’était un bon moyen de regrouper Maurice Dantec et Norman Spinrad. Mais Heldon a surtout vécu entre 1973 et 1979, période où tout le process était en hommage à William S. Burroughs, à Norman Spinrad, à Philip K. Dick. Aujourd’hui c’est une machine trop lourde, il n’y aura pas de nouvel album.

Tu as eu aussi une période solo ?
Pendant et après Heldon, jusqu’en 1983, après... plus rien. J’avais l’impression de ne plus rien avoir à dire musicalement, et je ne voulais pas répéter à l’infini la même chose. Les années 80 furent des années de souffrance. La plupart des gens qui avaient quelque chose à dire, comme Kraftwerk ou Brian Eno, ont quasiment arrêté de créer de la musique. Ce n’est pas un hasard si ces années furent celles du "socialisme" en France, et du libéralisme à la Reagan dans le monde. Ca a fait crever les gens qui avaient quelque chose à dire. Donc pour moi, ce fut montagne, parapente, chute libre, lecture de Bergson, de Kant... Plus de musique. J’avais besoin, on ne dit pas de faire le point, mais de faire la ligne. Je pensais que la musique, c’était fini. J’avais de solides notions de philosophie, je voulais en faire, et c’était mieux à la montagne. C’est bien le sport (rire)... C’est un bon équilibre : six mois à la montagne à faire du sport, et six mois à Paris avec les drogues.

Penses-tu qu’on va bientôt avoir une "perfect drug" ?
Une drogue parfaite ? C’est Dick qui parle de "D-Liss" et de "K-Priss". Je crois que les drogues qui stimulent la sérotonine vont bientôt arriver. On est a l’orée de toutes ces choses-là, de la même manière qu’on commence à voir des hybrides étonnants, comme ces neurones fonctionnant avec des puces en silicium. Ce sera pour le meilleur ou pour le pire. Apparemment, ce sera pour le pire.

Mais il y aura aussi des bonnes choses, il y aura du sublime ?
Du sublime dynamique. C’est Kant qui a élaboré le concept de sublime et il oppose le concept de sublime mathématique au sublime dynamique. Le sublime mathématique, c’est la perfection du ciel, etc. Et le vrai sublime, c’est de voir la tempête ou l’avalanche se déchaîner au loin. Evidemment le mec pas trop con reste au bord et regarde, celui qui n’a pas compris est en train de couler. Il a perdu. Il a mal lu Nietzsche ou mal lu Kant, erreur de lecture.

Et après cette période de réflexion, quelles sont les raisons de ton retour à la musique ?
Il y a eu tout un tas de déclencheurs personnels. Au niveau musical, c’est à dater de 1992 avec Nirvana. Ce n’est pas le groupe que je préfère, mais il y a eu à nouveau de la musique et c’est déjà beaucoup. Et surtout il y a eu la demande des américains de ressortir mes disques. Puis, peu à peu, je me suis remis à jouer de la guitare. Ca a redémarré comme ça.

Un aspect important dans le débat sur les musiques actuelles est celui des droits d’auteur. Tu sembles vouloir leur suppression ?
Les gens ont le droit de piquer ce qu’ils veulent. Allez-y, pillez ! De toute façon, c’est un mouvement technique historique, où pour un disque vendu il y en a 10 qui sont copiés. Il n’y a plus le choix. Mis à part les gros trucs commerciaux, les disques ne se vendent pratiquement plus. C’est fini le disque, il n’a plus de raison d’être, sauf si on arrive à lui donner une forme artistique ou à le distribuer dans des réseaux militants. En fait il faudrait tout passer en MP3. Tout ce qui est Art doit être gratuit. Vive le gratuit ! Ne vous inquiétez pas, pour vivre on se débrouillera. On doit aussi innover dans la manière de survivre.

Une fois que tout sera en libre accès, il ne restera peut-être plus que ceux qui ont raison ?
Voilà, parce que maintenant on est submergé par un flux de non-être. Ce n’est pas de la musique, mais de la production chaotique de sons à vocation marchande.

Que faut-il à une musique pour se révéler puissante ?
Il faut la gerbe pulsationnelle intense, lumineuse. J’ai une théorie où il y aurait trois mondes : le monde du temps, le monde du silence et le monde de la lumière. Dans la théorie des trois mondes, les hommes, les êtres, les subjectivités, sont des antennes, des émetteurs-récepteurs. Nous sommes des espèces de champs vibratoires, des oscillateurs. Si on prend les subjectivités comme des oscillateurs, la musique est intégralement la chose la plus forte, le plus haut point de densité d’éclaterie.

Peux-tu nous parler de ton nouvel album, Event & Repetitions ?
C’est un solo, un mix entre Le pli et De l’un et du multiple, mais sans voix, que de l’instrumentale et pas de rythmique. Il y a un morceau, EFRIM, dédicacé aux Godspeed you Black Emperor ! Ils m’ont tellement ému. C’est le groupe qui m’a le plus impressionné ces 15 dernières années. Ils me rappellent l’esprit des King Krimson, Pink Floyd ou Magma d’il y a 30 ans.

Comment définirais-tu ton travail ?
Toute ma vie j’ai essayé de faire tout ce que je pouvais contre ce système de merde en émettant des particules sauvages (rires). J’essaie de rendre audible des choses qui ne le sont pas. Rendre audible le cosmos. La clé idéale serait de faire la musique la plus forte possible dans sa densité intérieure. Ainsi parlait Zarathoustra a été tiré à 400 exemplaires, et seulement 40 exemplaires ont été vendus du vivant de Nietzsche. Ca n’a pas empêché le devenir incroyable de ce livre.

Tu as aussi écrit un livre intitulé Les larmes de Nietzsche ?
Je n’avais pas l’intention d’écrire de livre, mais on me l’a proposé et comme j’avais besoin d’argent... Ce qui ne veut pas dire que ce que j’ai écrit ne soit pas sincère, mais je n’avais pas la vocation d’écrire un livre, parce que je considère que faire de la musique c’est mieux, c’est plus.

Mais tu as travaillé pendant longtemps sur un livre consacré à Nietzsche, ce n’est pas le même ? C’est vrai, pendant 20 ans j’ai travaillé dessus mais ce n’est pas celui-là, il y en a donc un autre en attente. Il y a également un livre en préparation sur le silence et la lumière, et le livre avec Maurice Dantec, Métatron : La naissance de l’électricité.

C’est un peu un hommage que tu fais à Deleuze avec Les larmes de Nietzsche ?
Oui, aussi. Parce que s’il avait écrit un livre de plus, il l’aurait écrit sur la musique. Et j’avais travaillé sur des concepts avec lui, par exemple la fin sur la ritournelle dans Mille plateaux, ou quand Deleuze parle de synthétiseur d’idées dans Bacon, logique de la sensation. Il m’avait demandé des textes sur l’analogique digital, sur les synthétiseurs de sons, sur les synthétiseurs d’idées. Ensuite, avec son génie, il en a fait ce qu’il en a fait.

Il se dit que Deleuze n’avait pas de matériel pour écouter de la musique ?
Ce n’est pas vrai, il avait peu de matériel, mais il écoutait surtout Piaf ou Ravel, c’était ses préférés.

Comment s’est passé l’enregistrement du morceau Le voyageur avec lui ? Je lui ai demandé s’il était intéressé et il m’a dit qu’on allait essayer. Je lui ai donc proposé des textes de Nietzsche, qu’il a coupé et on s’est ensuite retrouvés dans un studio à 30 kilomètres de Paris, où il y avait Jean-François Lyotard, la femme de Gilles, Fanny, et un autre copain qui était philosophe à Vincennes, Cyril Ryjik. Finalement le morceau a d’abord été donné gratuitement à 5000 exemplaires sous le titre Ouais Marchais, mieux qu’en 68 par notre groupe Schizo, puis repris dans le premier album d’Heldon. Cette première version est devenue une espèce de classique, c’est un devenir un peu bizarre, parce qu’au départ ce morceau a été fait en trois heures, pour s’amuser. Et pour finir l’histoire, Le voyageur a été repris 25 ans plus tard avec Dantec dans l’album Le pli.

Comment as-tu rencontré Maurice Dantec ?
C’était un flash. Comme une histoire d’amour quoi, ouais une grande histoire. J’ai lu son roman Les racines du mal, j’ai trouvé ce livre génial et je l’ai appelé. Je m’attendais à être très ému et c’est lui qui l’a été. Finalement on s’est vus et on ne s’est plus quitté pendant 6 mois, tellement on avait de choses à se dire.

Par exemple sur la conquête spatiale ?
On est tous fans de la conquête spatiale. Personnellement, je pense qu’il y a des "martiens". Si un monde a été possible, d’autres existent ailleurs. Maurice est pour le Christ Roi, moi je suis radicalement à l’opposé, anti-hiérarchie, contre toute forme de servitude humaine. Mais lui est foncièrement catholique, selon des normes où ce serait les "martiens" qui l’auraient créé. Il a aussi une théorie qui veut qu’une fois l’humanité forte de plus de 10 milliards de gens, elle sera obligée de quitter la terre et d’aller peupler d’autres planètes, et donc de rencontrer d’autres civilisations. Il émet aussi l’idée qu’il existerait des collusions "martiens"/armées. Et quand tu sais qu’il y a deux générations d’avance entre ce qu’on sait et ce dont disposent les militaires...

Les armes à anti-matière, les avions hypersoniques... ?
Ils les possèdent déjà, c’est sûr. Autre exemple : ils se sont aperçus que les seuls êtres vivants qui résistent aux explosions atomiques sont les scorpions. Ils ont donc fait des tenues en carapaces de scorpion synthétiques ! La NASA et l’armée ont des conseillers qui sont des écrivains de science-fiction. Chaque officier supérieur a des lectures de science-fiction obligatoires, parce qu’ils se sont aperçus que le monde 20 ans plus tard c’était celui des écrivains de SF.

Nietzsche souhaitait la mise en place d’une Grande Politique. Quelle serait cette nouvelle politique et les valeurs qui en découleraient ?
Il faut mettre en place une politique événementielle. Le problème est que l’on ne peut pas aller contre l’instinct ou le désir d’un peuple, et son désir est de "consommer". Deleuze avait une expression fantastique, il disait : "Si, si, il faut un peuple, mais le peuple à venir". Maintenant que peut-on proposer ? Il faudrait arrêter de renforcer le système et donc travailler et consommer le moins possible, et se "culturer". Pour l’instant je ne vois pas d’autres solutions que la création de réseaux moléculaires et la mise en place de cette "guérilla électronique" dont parlait Burroughs.

Tu dis aussi qu’il faut faire muter le corps vers l’immatériel ?
C’est un peu là-dessus qu’on s’est rencontré avec Maurice, sur le devenir métatronique. "Métatron" c’est la théorie de la lumière, la théorie des antennes, qu’on retrouve aussi bien dans La Kabbale que dans la production d’objets esthétiques. Il y a un devenir du corps et des idées qui produit un nouveau faisceau de possibles, de réalités connexes et multiples. Proust disait que notre vie devait être une ?uvre d’art. Il faut que toutes les expérimentations liées à l’Art, aux drogues, à la pensée permettent d’engager ce processus. Il faut aussi engager la technologie dans ce processus, parce que l’homme et la machine, c’est la même chose. Il n’y a pas d’opposition homme/machine, il y a une mutation de l’homme en machine et de la machine en homme, presque organisation, sorte d’organique. Après l’époque du carbone, après l’époque du silicium, on se dirige vers une essence photonique, vers la lumière. Des philosophes comme Whitehead et même Deleuze sont les premiers grands philosophes à avoir fait de la philosophie électronique ou de l’acid philosophie. Ils nous servent à voir le monde des électrons, le monde des photons, ce monde derrière le monde. Il y a une formule très connue de Deleuze où il parle de "coalescence du virtuel avec l’actuel". En fait, ce virtuel c’est le monde réel, c’est le monde qui est derrière, qu’on ne perçoit qu’avec un tout petit plus de lumière ou de conscience. Dans certaines théories mathématiques, il y a un point d’origine désigné par "gerbe pulsationnelle lumineuse". C’est beau comme principe initial, c’est un peu ce qu’Husserl appelait "les transcendances immanentes". Notre tâche est d’inventer un monde à partir de Whitehead, Deleuze, des drogues, de la musique, des romans,... Ce serait les éléments de la Grande Politique, et les valeurs qui en découleront nous placeront dans l’expérimentation et le process, elles seront inconnues, révolutionnaires.

Richard Pinhas, Event & Repetitions, Cuneiform Records / Dist. Orkhestra

Richard Pinhas, Transition, Cuneiform Records / Janvier 2004

 

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